Mon saut à l’élastique

« Les folies sont les seules choses que l’on ne regrette jamais »

Depuis que j’ai 18 ans, peut-être même avant, je dis que j’aimerais sauter à l’élastique. Je le sais, je le ferai un jour. Un jour…

Je vais commencer par vous raconter ce fameux saut et ce que j’ai ressenti, car c’est ce qui vous intéresse le plus !  Mais pour les curieux qui ont plus de temps, j’ai poursuivi mon récit dans un second article, j’ai pris mon clavier et j’ai tout balancé. Vous trouverez aussi quelques informations techniques dans ce second article sur le sujet.

Vous ne suspectez peut-être pas qu’une telle expérience ait pu m’apprendre une chose si importante sur la vie. Parfois on croit que l’on sait, et une fois que l’on expérimente, on prend conscience de l’étendue de ce qu’il nous reste à découvrir…

J’allais devoir sauter dans le vide

Lorsque l’on a appelé mon prénom, mon angoisse est montée d’un cran. J’ai marché jusqu’au jeune homme qui allait vérifier mon équipement et m’attacher à l’élastique. Je l’ai rejoint juste à côté du muret sur lequel je m’apprêtais à grimper. Je l’ai écouté attentivement avec une partie de mon cerveau, pendant que l’autre partie ne pensait qu’au grand vide qu’il y avait de l’autre côté de ce petit muret. Une minute avant j’étais pourtant déjà sur ce pont, déjà à coté de ce muret, mais juste un peu plus loin, de l’autre côté de la machine qui tient solidement l’élastique. Sauf que là, j’étais à côté de cet escabeau sur lequel j’allais monter, j’étais à côté de la bâche sur laquelle j’allais mettre mes deux pieds joints. Sauf que là, j’allais devoir sauter dans le vide. L’élastique était en train de remonter, pour moi. Une fois bien sanglée mais pas encore attachée à l’élastique, ce mec m’a regardée et m’a demandé si j’avais peur. Oui, bien sûr ! Il m’a dit qu’il ne fallait pas que je m’inquiète et qu’il allait me donner des trucs. Premièrement, avant de monter sur le bord du pont, il faut que j’oublie mon cerveau. OK. Deuxièmement, je dois regarder au loin maintenant et choisir un arbre. OK. Une fois que je serai montée sur le bord, je regarderai à nouveau cet arbre que j’ai choisi, je le fixerai et je sauterai le plus loin possible en ne pensant qu’à l’attraper. Bon… Troisièmement, quelqu’un comptera « 1, 2, 3 ! » et je devrai sauter, sans réfléchir. Je ne dois penser qu’à mon arbre et qu’à sauter à « 3 », les pieds joints, les bras écartés.

Dernier briefing : ça se voit, que je suis stressée ?

Rien qu’en écrivant ça, je sens quelque chose dans mon ventre, je revis cette peur, ce trac électrique. Je m’y revois, j’y suis.

L’élastique était fin prêt. Un deuxième homme, un peu plus âgé, attrape les sangles reliées à l’élastique et les attache à mes pieds et à mon baudrier. Il détache une petite boucle en s’esclaffant qu’il m’a sauvé la vie, et s’en suit une ou deux blagues sur le fait que le jeune homme est stagiaire et qu’il faut bien apprendre, et que le plus dur dans le saut à l’élastique, c’est le sol. Ma voix commence à m’abandonner, mais je rigole quand même en disant que ce n’est plus l’heure de me faire des blagues. Finalement ces deux malins ont presque réussi à faire oublier à une partie de mon cerveau qu’il va maintenant falloir que je monte sur cet escabeau et ce parapet.

Le sol a commencé à disparaître

J’ai mis mes mains sur l’escabeau, j’ai mis un pied, j’ai monté une marche. Le sol a commencé à disparaître, laissant place au vide, à la rivière et aux arbres en bas. Ma conscience s’est aiguisée. Une deuxième marche et je n’ose pas encore regarder le bout de muret où je vais devoir mettre mes pieds dans une seconde. On me tend une main que je saisis. Je suis en haut de ce fichu escabeau, pas le choix, j’enchaîne les pas, je pose un pied sur le muret, et le deuxième. Forcément en regardant où poser mes pieds je vois ce grand vide devant et en dessous de moi. Et je vois l’élastique qui pend sous mes pieds, je crois que c’est une des choses qui m’a fait le plus peur à ce moment-là. Ce n’est pas le vide, c’est cet élastique qui pend sur quelques mètres peut-être. Je prends conscience de l’aspect « libre » de la chute qui m’attend.

A partir de cet instant, je ne sais plus exactement ce que je fais. Ce sont les vidéos prises depuis mon casque et depuis le pont qui m’aident à raconter la suite…

Dans la peau d’un sauteur : images issues de la vidéo d’un copain !

 

 

 

 

 

Un instinct me dicte :  je vais mourir

Je redresse donc vite la tête pour trouver mon arbre et ne plus voir ce qui me fait peur. Je suis ailleurs, je n’entends pas tout de suite que l’on me parle. Mais on me demande de serrer mes pieds alors je suis forcée de rejeter un œil pour me positionner. J’ai à peine le temps de relever la tête que l’homme qui me tient la main commence à crier « 1, 2, 3, GO ! ». Il m’a lâché la main, ou je l’ai lâché, à « Trois » ou à « Go » je ne sais plus, mais je sais que c’est à ce moment-là que j’ai sauté. J’entends mon inspiration sur la vidéo embarquée, je pense que j’ai retenu mon souffle, comme pour plonger dans l’eau. J’ai sauté les jambes un peu écartées et fléchies par réflexe, mais je me rappelle vite de les serrer et de me gainer, bras écartés. La chute libre dure 3 secondes, elles semblent si rapides sur la vidéo, elles durent une éternité quand je les vis. Dans ma tête, plus aucun raisonnement, une part animale en moi, un instinct, me dicte : « je vais mourir ». Je suis tétanisée. J’attends avec impatience un signe, une sensation que je suis bien attachée à cet élastique en fin de compte.

Je l’ai fait !

Enfin et déjà, l’élastique commence à se tendre doucement et j’atteins le point de retour sans à-coup. Je remonte dans l’autre sens et c’est à ce moment-là que je crie, de soulagement et de joie. Un cri moitié spontané, moitié réfléchi, même si le concept peut paraître étrange ! Je l’ai fait ! Le deuxième moment absolument génial à vivre dans un saut à l’élastique, c’est cette demi-seconde d’apesanteur après le premier rebond et avant la deuxième chute. C’est beaucoup moins intense et effrayant que la chute libre, évidemment, mais c’est tellement inédit comme sensation. Et puis il y a cette deuxième petite chute. Celles qui suivent sont plus petites et plus brouillonnes. Je finis par ne plus savoir où regarder, si je suis en train de monter ou de descendre, quel côté du canyon je regarde, et je me mets même à tournicoter dans un sens, puis dans l’autre.

 

Je finis par me stabiliser et par entendre des cris. On essaie de me parler mais je ne comprends pas grand-chose. Je m’aperçois que l’on est en train de descendre l’élastique et je devine que c’est le moment pour moi de relever la tête en m’aidant d’une sangle violette. Je me rapproche doucement du sol, quelqu’un est là pour m’attraper et me poser « telle une libellule » sur une grande bâche que j’apercevais d‘en haut. Il détache l’élastique et fait quelques manœuvres. Mon premier réflexe est d’essayer de me lever mais il me répète de rester assise. Décidément, ça rend dur de la feuille les émotions fortes ! Le temps qu’il fasse signe au personnel sur le pont de remonter l’élastique, je comprends pourquoi je suis mieux assise. J’ai un petit tournis, qui passe tout seul, pendant que l’on me dégage de tout le harnachement. Ça y est, c’est fini, je me relève et fait un check au gentil monsieur. Je l’ai fait, j’ai sauté à l’élastique, du haut d’un des plus hauts ponts d’Europe, culminant à 182 m de hauteur.

Le Pont de l’Artuby, ce jour là… on ne voit pas le sol d’ici. On aperçoit seulement la moitié de la profondeur du canyon, au maximum !

La peur ne doit pas nous empêcher d’agir

Ce que j’ai appris ce jour-là ? C’est que peu importe l’étendue et la puissance d’une peur, il peut se passer deux choses, l’une après l’autre. Premièrement, la peur n’empêche pas la détermination, et vice-versa. Mon récit est assez transparent sur ce point, mais c’est après coup, que j’en ai pris pleinement conscience. Je me suis promis de m’en souvenir pour les moments de ma vie où je serais déterminée et où j’aurais peur. Et deuxièmement, la peur ne doit pas nous empêcher d’agir. Il faut l’affronter au moins une fois, pour prendre conscience de sa propre puissance (pas au sens d’écraser les autres hein).  Quelqu’un a dit que les meilleures choses dans la vie arrivent après avoir eu très peur. Après ce saut, j’ai senti que je pourrais tout vaincre, tout surmonter et tout oser !

Je ne vous parle pas seulement de l’effet de l’adrénaline… J’ai toujours ce sentiment aujourd’hui, et j’essaye de m’en souvenir le plus souvent possible.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le saut à l’élastique et ma propre expérience, rendez-vous très vite dans le prochain article !

Et vous plutôt élastique, parachute… ou petite bombe dans la piscine ? Merci de m’avoir lue, laissez-moi un petit commentaire lors de votre passage 😉

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