Eco-anxieté et colère féministe

Quel peut-être le rapport entre ses deux émotions, l’anxiété et la colère ? et quel lien entre ces deux sujets, écologie et féminisme ? Alors je vous préviens, je ne répondrai pas à la deuxième question aujourd’hui, car la première va déjà me donner pas mal de pain sur la planche.

Par où commencer ?

Un jour, au début du mois de septembre 2019, j’ai pris mon téléphone et j’ai essayé de restituer les réflexions par lesquelles je venais récemment de passer. J’ai publié, en toute spontanéité, une vidéo temporaire (en « storie ») sur instagram. Le résultat était long, brouillon et manquait de clarté. Mais ça m’a donné envie d’aller plus loin et d’en faire un article. C’est parti.

Ça se passe sur les réseaux

Tout a donc commencé sur les réseaux. Je ne sais pas vous, mais moi j’essaye de trier un peu les comptes que je suis régulièrement. Mes goûts et mes centres d’intérêts évoluent doucement, je découvre certaines thématiques et me désintéresse d’autres. Exit aussi les contenus qui ne m’apportent rien de positif, et j’insiste sur ce point, même si cela ne remet pas la qualité et la personne derrière le compte en question. Mon instagram est globalement branché sur le féminisme, le sport, le développement personnel, le voyage, l’écologie et le zéro déchet.

Je sais, cette intro est déjà longue, j’arrive.

Et bien au fil des mois, je vois une transformation opérer dans les commentaires. Je vois passer de plus en plus souvent, et tout sujets « délicats » confondus, un type de propos très précis en commentaires. Il s’agit de l’argument in-con-tour-nable « jamais assez, jamais parfait ». Peut-être que je n’avais pas remarqué avant et que ça c’est toujours vu, c’est fort probable ! Vous en avez certainement déjà vu.

Et les posts, les articles, les billets et les stories ?

En parallèle dans les posts/articles/vidéos (#vousavezcomprislidée), les créateurs.trices de contenus prennent de plus en plus de pincettes. Disclaimer par-ci et warning par-là. Quitte à se répéter, elles.ils insistent souvent : « c’est ma façon de voir les choses, mais vous n’êtes pas obligé de penser comme moi et on peut en discuter » (je fais ça aussi tmtc ^^). Elles.ils essayent de modérer leur propos, les producteurs.trices de contenus, mais pas systématiquement non plus : il faut garder un équilibre avec la spontanéité et la franchise…

La bienveillance et l’attention portée aux différentes visions personnelles se développent et ça c’est trop bien !

Et pourtant, dans les commentaires, on continue à trouver le fameux : « Tu parles de tel sujet et tu mets en avant telle cause ou telle « bonne » action, mais tu ne fais pas ceci, et tu n’as pas pensé à cela. » Alors, avant de jeter des cailloux à cet utilisateur.trice un peu virulent, essayons de comprendre… Et balayer devant sa porte avant de commencer à taper un commentaire est toujours une bonne idée…

C’est simplement une question de cheminement et de point de vue. Globalement on observe le même schéma :

  • Nous avons deux personnes avec deux chemins de raisonnement, d’apprentissage et de vie différentes.
  • Une personne énonce une pensée ou une action qu’elle considère comme positive ou normale.
  • L’autre personne explique que cette pensée ou cette action énoncée n’est pas suffisamment positive ou dans la norme. Avec plus ou moins de tact, hey.

Or, toi et moi, nous ne pourrons jamais trouver beaucoup de personnes ayant les mêmes cheminements, raisonnements et actions que nous sur les réseaux sociaux… dans la durée ! Nous sommes « condamnés » à être régulièrement en désaccord (sur certains points) avec des personnes qui étaient jusqu’alors sur la même « longueur d’ondes » que nous. Vous avez sans doute déjà vu ces fameux commentaires « tu as changé, c’était mieux avant » ou « je ne comprends pas comment tu peux prôner ceci et dire que tu es contre cela alors que c’est complètement lié »… peut-être avez-vous déjà pensé ou commenté ce genre de propos ?

Et comme j’aime bien mouiller ma chemise quand je me lance dans des sujets compliqués, allons-y pour les exemples !

Ecologie

Je me sens écolo depuis très longtemps, grâce à mon éducation. Du coup j’y suis pour rien, c’est plutôt une chance. Depuis toujours je crois, je trie mes déchets, je ne laisse pas tourner le moteur de ma voiture, je fais du covoiturage, je vais en vélo au boulot si ce n’est pas loin, je ne laisse pas couler l’eau quand je me lave les dents, etc. Aujourd’hui je fais tout ça et même plus, mais j’ai très longtemps stagné, sans chercher à voir plus loin…

Et depuis toujours, je me laisse vite aller à penser que je vaux mieux que d’autres, tandis que quelques uns sont « incroyables car c’est impossible » d’arriver à faire mieux que moi. En gros. Evidemment, ce raisonnement est faussé. Il me permet simplement de me sentir bien dans mes baskets, d’éloigner la culpabilité de ne pas en faire assez, et le sentiment d’infériorité face à des personnes ayant des valeurs plus fortes et étant plus investies dans leurs actions.

En réalité, oui il y a des choses ayant un impact écologique positif que je fais au quotidien ou occasionnellement. Il y a aussi des tas de choses ayant un impact négatif que je fais « encore ». Le premier exemple qui me vient à l’esprit, c’est que j’achète encore de la fast fashion. Le plus souvent de seconde main (mais quand même) et plus rarement, neuve. J’achète ces produits neufs (produits techniques de sport et lingerie) car j’estime actuellement ne pas avoir trouvé ce que je cherchais de seconde main et ne pas avoir non plus les moyens financiers de me tourner vers de vraies marques éthiques. Ce « j’estime actuellement » est super important. Je sais que je pourrais faire mieux, et cela me fait un peu culpabiliser, mais la vérité c’est que je me rassure en me disant que je fais déjà beaucoup d’autres efforts/gestes et que cela ne figure pas encore dans mes priorités. Mais j’ai confiance, je vais continuer à évoluer.

La crise écologique et le changement climatique font, heureusement, de plus en plus de bruit. Cela nous permet de nous bouger les fesses plus vite, plus nombreux, plus efficace. J’espère…. Mais poursuivons. C’est encore plus parlant dans le zéro déchet je trouve.

Zéro déchet

Lorsque j’ai entendu parlé du zéro déchet pour la première fois, j’ai surement ris et pris cette femme (Béa Johnson, l’initiatrice du mouvement à mon sens) pour une folle. Je n’ai toujours pas lu son livre (si quelqu’un veut me l’offrir justement 😉 mais je m’y suis intéressé petit à petit, parce qu’avant moi d’autres ont été curieux.ses et ont fini par me convaincre. C’est toujours une bonne chose d’être influençable positivement ! Je pense à Elykileuse, Etpourquoipascoline et bien d’autres.

Là, il est d’ailleurs intéressant de voir que ce sont des influenceuses dont le sujet principal n’est pas le zéro déchet qui m’y ont sensibilisé… à méditer 😉

Et je trouve qu’il n’y a pas de meilleur exemple que le « mouvement vers le zéro déchet » pour illustrer mon propos. Il est impossible, dans notre société actuelle, de produire ZERO déchet. Mais le but, c’est d’essayer de s’en rapprocher, selon ses propres moyens et ressources, pièces après pièces, pas à pas. Pourtant, dans le « milieu », ça peut parfois se tirer dans les pattes. C’est à croire que l’on a tous que ça à faire de donner un avis non sollicité sur une bouteille en plastique, un voyage en avion, un pot de nute**a, une couche jetable… Alors une fois qu’on a compris que la perfection était inatteignable, on peut se détendre, et continuer à faire de notre mieux en s’entraidant, non ? En plus, quand on croise le zéro déchet avec le féminisme, on peut parfois tomber dans quelques pièges et contradictions… Allez, vous avez compris l’idée, poursuivons justement sur notre deuxième sujet.

Féminisme

J’ai démarrée ma vie de jeune femme en claironnant un truc du genre « Je ne suis pas féministe car nous n’avons vraiment pas à nous plaindre dans notre pays, par contre il faudrait vraiment que ça bouge au niveau mondial ! » J’ai pas vraiment honte : je ne savais pas, comment j’aurais pu ? J’ai simplement appris ce que l’on m’a transmis à l’école ! Et puis quand j’ai commencé à en savoir plus, à m’en émouvoir et à m’énerver, j’ai eu peur d’être mise dans la case « histérique ». Puis j’ai compris le sens du mot et je n’en ai plus rien eu à faire ! J’avais beaucoup à apprendre et c’est toujours le cas.

Plus on apprend et plus 2 problèmes prennent de l’ampleur : la colère contre le patriarcat et celle contre les femmes qui ont intégré le sexisme. Elle grandit, elle a de plus en plus d’argument, l’écart se creuse. La vraie colère, je l’ai découvert comme ça. Mais où mène-t-elle, si cette « colère féministe » est dirigée contre d’autres femmes ? Nulle part. Elles sont à la fois les victimes et les bourreaux, certes. Mais au nom de la sororité, il faudrait essayer de les aider ou, si l’on n’a pas la force d’user de pédagogie, les ignorer.

Dès que les termes de « vrai.es féministes/ vegans/ écolo » font leur apparition, on risque de voir suivre le célèbre « tu dessert ta cause » plus loin. C’est un peu comme le cri de la carotte. On est alors en présence d’accusations et non plus d’arguments. C’est le signe qu’il faut aller faire un tour ! Je l’ai parfois pensé « tu dessert ta cause » et puis avec le recul, je me rends compte que je m’étais complètement plantée.

Nous observons tous le monde à travers notre propre paradigme et qui sommes nous pour décider, seul ?

Au final, peut importe le sujet. Ce n’est pas parce que j’ai reflechi à tout ça que je suis différente.

Il y a un moment ou mon cerveau se met en mode « préservation de l’égo » et hop ! Certaines personnes, qui agissent moins que moi en faveur de ceci ou de cela, à un instant T, bénéficient (hum) sans le savoir, de mon jugement négatif. Car c’est tellement confortable pour moi de penser ainsi… J’ai beau savoir que l’on est toujours l’idiot/pauvre/riche/beau/moche de quelqu’un… j’oubli.

Oui, c’est tellement plus confortable, quand on est angoissé par un monde qui ne colle pas à notre façon de penser, de trouver un coupable et de se rassurer. Car si l’on trouve un coupable accessible, alors nous n’avons plus la responsabilité de l’état de ce monde qui ne nous convient pas . Et nous nous en trouvons soulagé, un peu.

Le veganisme, aussi

Enfin un petit mot rapide sur un sujet qui se prête bien au jeu mais qui sort un peu du cadre : le veganisme. Aaaaah ! Celui dans lequel je baigne depuis le plus longtemps. On adore les cases dans le coin, il faut le dire. Il y a mêmes le vocabulaires spécifiques, les surnoms, les petites blagues, les grands bloggeurs influents… Il y a les végé « cool » et les « extremistes« . Voilà, je l’ai dit ! (mais je n’approuve pas l’usage). C’est toujours le même problème :

Dans un même environnement numérique, se croisent des gens qui commencent à remettre en question leurs certitudes mais sont encore fragilisés par cette remise en question violente, des personnes à différents niveaux de cheminement et des « vieux » vegans qui n’ont pas touché de produits animaux depuis plus de 10 ans, militent et refusent de porter et consommer toutes sortes de simili. M’voyez le tableau ?

Il est temps de conclure

BRAVO à tous.tes !! Peut importe le point où vous en êtes en ce moment et sur quel sujet. Pensez à ce que tout ce que vous faites déjà, et un peu seulement à ce que vous pourrez faire mieux « demain ». Oui, quand on s’informe et qu’on prend les choses à cœur la colère peut se manifester. Mais rappelez vous que vous êtes les ignorants.es d’hier. Je suis convaincue qu’on avance mieux quand on est entouré.e, conseillé.e et encouragé.e. Essayez d’appliquer ça autour de vous pour vous-même, pour les autres, et pour la cause qui vous tient à cœur. On peut tous se tirer vers le haut 😀

Je pense qu’essayer d’appliquer des bases de pacifisme, de non-violence et de bienveillance aux autres êtres humains qui sont « en cheminement » n’est pas trop déconnant. Ne pas oublier qu’on à tous commencé de zéro à un moment donné, peut importe le domaine. Que même lorsque l’on a l’impression que le temps presse, (ah l’écologie) la colère ne fais pas gagner de temps. Alors on respire, tout passe mieux avec sourire, ondes positives et pédagogie. Et dernier conseil d’amie : on fait du tri dans les comptes que l’on suit et qui sont trop en désaccord avec nos valeurs, qui nous énervent, qui nous rendent jaloux, qui nous donnent l’impression que notre vie et pourrie !! hop là, pas de regret !

Et bien sûr, je le répète, moi aussi j’ai souvent besoin de me rappeler mes propres conseils… avant d’être féministe et écolo, je suis humaine quoi.

Merci de m’avoir lue, je sais que c’était long, mais j’espère que vous n’avez pas vu le temps passer !

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